• Suivre les trilobites à la trace...

    Les trilobites ont dominé l'Histoire de la terre du Cambrien inférieur (~535 millions d'années) à la fin du Permien (~250 millions d'années). Trois-cent millions d'années d'une Histoire qui les a vus se faire façonner par l'Évolution, se répandre dans virtuellement tous les plans d'eau pré-historiques et atteindre l'ahurissante diversité de plus de 18,750 espèces! Puis, lors de la grande extinction de masse de la fin du Permien, ils disparaissent complètement des registres de Mère Nature.  Aucun survivant, aucune descendance.  Seules les pierres garderont le souvenir figé de leur règne majestueux. Et les paléontologues ramasseront ces pierres pour en dégager les petits Golems; la plupart du temps fragmentés, parfois complets.

    Suivre les trilobites à la trace...

    Voici un exemple de trilobite provenant du Maroc.  C'est un Flexicalymene sp. que j'ai acheté dans une brocante à Montréal pour la modique somme de 10$. Ces trilobites sont très communs. Bien qu'ils soient la plupart du temps mal conservés ils n'en demeurent pas moins d'agréables témoins d'une histoire fort lointaine et qui fut le berceau de notre espèce.

    Suivre les trilobites à la trace...

    Voici une sélection de mes répliques de trilobites pour bien vous imprégner de leur morphologie.

    Patiemment, avec une minutie presque maniaque, les professionnels et les collectionneurs pourront reconstituer l'apparence de ces armées d'arthropodes fascinants. Malheureusement, très peu de renseignements nous sont parvenus sur leur mode de vie au quotidien. La plus grande part de ce que nous en savons provient de déductions basées sur la morphologie et les ornements de leur cuirasse, et leurs yeux d'une improbable architecture. (Voir une de mes précédentes chroniques sur les yeux des trilobites: ici). Les analogies, parfois bancales, avec certains arthropodes vivants arriveront tant bien que mal à apaiser notre inconfort face à ce qui restera, au bout du compte, le secret de notre Terre perdue dans l'immensité de cet Univers vieux de 14 milliards d'années.

    Mais attendez, quelques indices nous apportent un éclairage sur les comportements des trilobites... Ces animaux ont laissé des traces... nous pouvons les pister et deviner leurs déplacements, s'ils galopaient pour fuir, ou s'enfouissaient pour un repos postprandial....

    L'ichnologie ici encore, ouvre des pages inédites du grand livre des trilobites. Les exemples suivants sont tirés de ma collection.

    Suivre les trilobites à la trace...

    Afin de nous y retrouver, voici un croquis présentant les déplacements probables des trilobites et les traces qu'ils ont laissées sur les sédiments des divers plans d'eau.  Ces traces ont été préservées par des eaux calmes et se sont figés tel quel.  Les traces fossiles portent des noms suivant une nomenclature identique à celle utilisées pour nommer les espèces vivantes établie par Linnée. 

    Les trilobites étaient des arthropodes soit des animaux dont les segments articulés comportaient des pattes.  Ces pattes étaient multiples et donnaient à l'animal des habiletés de locomotion pouvant le faire passer du stade au repos à la course sans doute rapide; soit pour fuir, poursuivre une proie ou poursuivre un(e) partenaire de ses assiduités.

    Suivre les trilobites à la trace...

    Ce spécimen de Cruziana sp. a été acquis de eBay.  Il montre très nettement les déplacements d'un ou de quelques trilobites alors qu'ils se déplaçaient en marchant.  Le déplacement est identifiable aux petits remblais laissés par les pattes lors de la traction sur les sédiments meubles. (Cane Hill Member of the Hale formation, Carbonifère inférieur, ~323 Ma)

    Suivre les trilobites à la trace...

    Un autre exemple de ce qui pourraient être des Cruziana.  Ces traces ont été trouvées sur le Mont-Royal à Montréal. Elles sont moins bien définies que pour l'exemple précédent.  La nature de la roche ou son âge plus lointain (Ordovicien ~450 Ma) sont peut-être en cause.  Il faut donc garder l'hypothèse que ces traces auraient été faite par un autre animal. L'empreinte pourrait être un Didymaulichnus sp.

    Suivre les trilobites à la trace... 

    Suivre les trilobites à la trace... 

    Les figures ci-haut, présentent deux exemples de traces de repos probablement laissées par des trilobites.  Ces beaux spécimens remontent à l'Ordovicien et on été mis au jour sur le site du Mont-Royal à Montréal.  Ils sont de tailles différentes, mais ils présentent la même structure bilobée et bombée.  Il n'est pas possible de dire quel espèce de trilobite s'était ainsi assoupi dans les sédiments. Par contre, la grande taille de l'échantillon de 2014 laisse à penser qu'un Isotelus sp. était le poids lourd en cause.

    Si vous regardez en haut à gauche sur le Rusophycus de droite vous distinguerez (en bleu) une structure en trident.  C'est un autre ichnofossile, et il est intéressant.  Il a été possiblement laissé par un vers (et cette trace peut-être assignée au genre Phycodes).  Le reste est pure spéculation: le vers s'est-il creusé des galeries pour se nourrir des restes d'un repas ou d'excréments du trilobite? Ou le trilobite s'est-il attaqué au vers dans un dessein de prédation et d'alimentation (Praedichnia). Le mystère restera complet, mais encore une fois, le grand plaisir de l'ichnologiste est d'avoir cette latitude pour spéculer à partir de ses trouvailles.

    Trouver les restes fossilisés d'un organisme ayant vécu il y a des centaines de millions d'années est un intense plaisir. Chaque petite trouvaille, même fragmentaire nous place devant un témoignage qu'un livre ne peut rendre avec la même intensité. Lorsque je tiens un trilobite de pierre dans ma main, je vois au-delà du calcaire, je me transporte dans un lieu sous marin peuplé de créatures aux formes parfois familières, à une période si reculée que l'imagination a du mal à en saisir la réelle portée: un-demi milliard d'années! Tenir dans la paume de mes mains la trace laissée par un trilobite offre une expérience qui, pour moi, est encore plus chargée d'émotions: là, 450 millions d'années plus tôt, un trilobite s'était reposé ou caché. Depuis, la terre a fait deux fois le tour de la voie Lactée.  Cette trace est d'une certaine façon, plus vivante; elle narre une petite tranche de vie et voilà l'imagination qui peut, librement, vagabonder dans des directions, ma foi!, fort stimulante.  Cette trace, j'ai été le premier à y poser les yeux après tout ce temps...


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