• La reconstruction de Flexicalymene et Isotelus...

    Bien que préservés dans la pierre, la vaste majorité des fossiles qui nous sont parvenus, après des centaines de millions d'années, sont incomplets.  Il faut comprendre que bien avant la fossilisation, les carcasses des animaux (ou des plantes) ont probablement subi les assauts de prédateurs, ou ont pu être disloqués par les mouvements des sols ou des éléments qui en ont dispersé les fragments parfois sur de grandes distances.

    Le paléontologue doit donc acquérir une solide capacité de reconstituer un animal complet à partir de fragments épars ou même d'un unique morceau, parfois déformé.  Une simple vertèbre, un bout de mâchoire voire même une dent peuvent permettre à un paléontologue d'expérience de savoir qu'il a devant lui les restes d'un Tyranosaure, d'un mammouth ou d'un requin.

    Ce qui est vrai pour ces grands sauriens et mammifères, l'est aussi pour les petits invertébrés comme les brachiopodes, les crinoïdes et les trilobites... il faut avoir une loupe ou un microscope, de solides sources documentaires et, à défaut d'expérience suffisante, avoir accès à plus savant que soi pour une confirmation ou des pistes à suivre.

    Voici pour nous guider les éléments de nomenclature qui nous aideront à jouer avec ces blocs LÉGO que seront les morceaux de trilobites fossiles.  Les reconstructions se feront sur des fragments fossiles trouvés à Montréal, sur la Montagne près de l'Université de Montréal.

     

    La reconstruction de Flexicalymène et Isotelus...

    La reconstruction de Flexicalymène et Isotelus...

     

    Les trois exemples qui suivent démontreront succinctement la difficulté d'attribuer un genre et une espèce à des fragments fossiles tels que je les ai débusqués grâce à une bonne dose de chance.  Je remercie François Isabelle, Jean-Marc Ethier du site de la Société de Paléontologie du Québec et les passionnés du site The Fossil Forum pour leur aide!

    La reconstruction de Flexicalymène...

    La photo de droite est un fragment de moins de 5 mm.  Elle met en évidence une structure avec des caractéristiques qui la distingue de la roche environnante.  Des sillons et stries et une forme triangulaire auraient pu faire penser à un brachiopode.  Mais les stries ne concordent pas et sont sur deux niveaux.  J'ai pensé à une portion d'un petit trilobite.  Mais lequel?  Le groupe Trenton de la période ordovicienne comporte de nombreuses espèces de trilobites.  Le genre Flexicalymene est assez commun. Une brève discussion sur un forum de paléontologie en confirme l'identité.  La photo de gauche montre un spécimen complet à partir duquel on peut maintenant facilement trouver l'orientation et la place du fragment dans l'animal complet.  Diagnostic: mon fossile est un fragment de pygidium de Flexicalymene sp.

    La reconstruction de Flexicalymène... 

    Voici un deuxième spécimen retrouvé sur une autre roche du même secteur.  Le pygidium (la partie arrière du trilobite) est maintenant clairement discernable.  La carapace de calcite est dissoute, mais le moule de pierre est merveilleusement conservé après 450 millions d'années.  Diagnostic: Flexicalymene meeki. La meilleure préservation du fossile permet de risquer une identification à l'espèce. 

    La reconstruction de Flexicalymene et Isotelus...

     

    Troisième spécimen.  La structure en forme de faucille bien définie au centre de la photo de gauche est particulière.  Je penche pour une pointe génale ou une épine pleurale de trilobite.  Toutefois, Flexicalymene ne possède pas cette structure, et il faut chercher ailleurs dans les documents.  La forme de l'extrémité supérieure exclue l'épine pleurale.  On y distingue la «doublure» l'endroit ou l'exosquelette se replie sous la tête (le céphalon de l'animal).  Le groupe Trenton de l'ordovicien permet de croire que nous avons affaire à Isotelus sp. (photo de droite. source:

    http://www.mcz.harvard.edu/Departments/InvertPaleo/Trenton/Intro/PaleoPage/TrentonFauna/Arthropoda/Trilobita/Trilobita.htm#Isotelusiowensis)

     

    La reconstruction de Flexicalymène...

    Ce quatrième exemple a été plus laborieux à identifier, bien qu'il représente une portion plus grande d'un trilobite.  Les trois lobes visibles comportent des ornements (tubercules), pas de pointe géniale visible, pas de pygidium et la partie de droite est manquante.  Nous savons que nous avons une glabelle de trilobite.  Les ornements se retrouvent entre autres chez les genres Ceraurus et Srotactinus.  Flexicalymene sp est aussi possible, mais les tubercules sont atypiques.  

    La reconstruction de Flexicalymène...

    Nous avons recours à des modélisations pour retrouver la bilatéralité de la glabelle.  Le meilleur modèle semble vouloir confirmer Flexicalymene sp.

    La reconstruction de Flexicalymène et Isotelus...

    Et nous avons reconstitué ce qui semble être un Flexicalymene.  Toutefois, j'hésite encore aujourd'hui sur cette identification. Un secret de 450 millions d'année qui reste à élucider...

     


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