• L'engrenage des Lys de mer

    Bien que la majorité des fossiles soient fragmentaires et terriblement abîmés par le passage du temps, on peut parfois voir des détails d'une finesse surprenante qui nous en apprennent un peu plus sur l'animal qui vécu il y a plusieurs centaines de millions d'années et leurs descendants.  Les crinoïdes (une précédente capsule) par exemple, ces échinodermes, proches parents des étoiles de mer et des oursins, ont une structure fascinante.  Ils ressemblent morphologiquement à des plantes, mais cette impression ne résiste pas à l'examen: ce sont des animaux véritables.  Ils font leur apparition à l'Ordovicien et survivent à l'extinction du Permien-Trias (il y a 252 millions d'années) qui pourrait aussi être lié à la prolifération de certaines bactéries qui auraient perturbé le cycle du carbone et de l'oxygène.  Sur quelques 6000 espèces ayant vécues, nous retrouvons aujourd'hui 625 espèces vivantes.

    Bien que toutes les espèces vivant aujourd'hui soient mobiles, la majorité des crinoïdes ayant vécus au Paléozoïque étaient attachées aux fonds marins.  La capacité à se mouvoir est apparue plus tard, sans doute pour offrir l'avantage de fuir les prédateurs.

    Donc pour la plupart sessiles (attachés), les lys de mer (crinoïdes) de l'Ordovicien formaient de vastes prairies dans les fonds marins.  Ils ondulaient au gré des courants ou se mouvaient par eux-même grâce à un système rudimentaire de muscles, tendons, et nerfs. Doté d'un squelette externe fait de calcite, la mobilité était assurée per une série de disques (ossicules) rigides réunis par des tendons et des muscles organiques... (figurez-vous un collier de perles où le fil flexible jouerait le rôle des tendons).

    La flexibilité devaient être sous contrôle pour assurer l'intégrité physique de l'animal et le protéger d'une mollesse flasque.  Voilà qui, en théorie du moins, semble maintenant aller de soi.  On regarde l'animal, on le trouve intéressant, mais là s'arrête notre examen.

    Et on tombe sur un fossile, Oh! un bout de rien; 1 centimètre... à peine (et souvent moins) 1% de l'animal complet. Puis on décide que 450 millions d'années d'attente, et deux fois le tour de notre galaxie, valent bien un petit coup d'oeil avec une loupe.  L'observation doit être sérieuse: il faut parcourir le petit testament de calcite en ayant l'animal complet en tête.  Ce sont l'imagination et le désir d'apprendre qui doivent regarder à travers la loupe.

    L'engrenage des crinoïdes

     

    Un verre grossissant, et mieux encore une photographie rapprochée, nous font découvrir les engrenages à l'origine des mouvements de ce curieux animal préhistorique.  Si vous regardez la structure de gauche, vous avez devant vous une partie d'un pédoncule de crinoïde.  La «gaufre» à droite appartient à un autre animal, un bryozoaire.  Donc, le cylindre de gauche comporte plusieurs disques empilés.  Chez l'animal vivant, ces disques sont articulés grâce à des tendons et des muscles.  Toutefois, un examen plus attentif nous font voir des dentelures le long des disques.  Et voilà le cerveau qui cherche leur utilité: nous excluons la futile décoration dont l'animal n'aurait que faire: il n'a pas à séduire.  Ces dentelures empêchaient probablement les pédoncules et les bras de se disloquer, de se tordre et de désarticuler l'animal lors des mouvements.  Une recherche dans la littérature nous donne raison (Améziane, N. Echinoderm Research; 2001; 143-148).

    L'engrenage des crinoïdes

    Ci-haut, un ossicule isolé sur une roche fossilifère de Montréal (Ordovicien moyen, groupe Trenton). Le crénelage est bien visible sur cette vue en plongée.  Ces crénelures permettaient à l'animal de conserver une bonne rigidité lorsque les ligaments et muscles étaient contractés.  En revanche, lorsque les ligaments étaient détendus, l'emboitement lâche offrait la flexibilité nécessaire au mouvement tout en sauvegardant l'animal de la dislocation et des torsions dommageables. Comme je l'illustre sur la figure du bas.

    L'engrenage des Lys de mer

     


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