• Cannibalisme chez les gastéropodes?

    Plaçons-nous à la fin de l'Ordovicien, période à laquelle appartenaient les gastéropodes que j'ai tirés de la rocaille préhistorique.  Ce qui va devenir le Québec (la flèche rouge) est sous les tropiques. La température au-dessus des océans y est dans les 24-26C (qui va chuter dramatiquement vers la fin).  La concentration en CO2 est de 8-20X celle d'aujourd'hui.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

    http://histoiredutemps.free.fr/images/im-terrestre/animal.arma/carte_debut_ordovicien.jpg

     

    Revenons maintenant à ces gastéropodes. Portons notre attention sur le #10 que j'ai coloré pour les besoins de la cause.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

     

    ... et dont j'ai tiré le portrait en macrophotographie. C'est un Lophospira beatrice. À peine 1,5 cm de longueur. Coincé dans la bouche de sa coquille: un Lophospira beatrice juvénile. Je peux émettre deux hypothèses pour expliquer ce phénomène.  Le hazard a pu, lors du déplacement des sédiments, mettre en contact ces deux gastéropodes.  Toutefois, la position du juvénile, assez profondément enfouie dans l'ouverture du plus gros, pourrait suggérer un acte de cannibalisme.  Cette hypothèse n'est pas frivole; le cannibalisme entre gastéropodes est bien décrit et a été rapporté dans de rares échantillons de fossiles.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

    J'ai voulu obtenir une modélisation pour mieux voir l'agencement des deux gastéropodes.  À l'aide de 12 photos, j'ai assemblé un modèle grâce au logiciel Helicon 3D.  Voici le résultat. L'ouverture et le péristome du Lophospira juvénile étaient hors de la cavité du plus gros.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

     

    Les gastéropodes prédateurs ont une façon élégante de tuer les palourdes, les brachiopodes et les autres gastéropodes.  Ils doivent tout d'abord forer un trou dans la coquille, ce qui n'est pas une mince affaire.  Le processus peut prendre entre quelques heures et quelques jours.  Le prédateur commence par utiliser un acide pour décalcifier la coquille et la ramollir. Puis, il utilise sa radula (des dents) pour racler et passer de part en part de la coquille.  Il ne lui reste plus qu'à plonger son proboscis dans la chair de la victime et en aspirer la substance.  Le résultat est visible par la présence d'un petit trou circulaire d'environ 1 mm.  Si vous vous promenez sur les plages des mers du sud, portez une attention aux coquillages.  Vous en trouverez avec ce genre de trou.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

     

    Figure tirée de l'article: Cannibalism in Gastropods

     

    Il faudrait extraire mon petit gastéropode du plus gros pour avoir la confirmation de cet épisode dramatique. Ce qui sera impossible. Mais la paléontologie est aussi une affaire de spéculation.  J'aime toutefois cette possibilité offerte de laisser les déductions nous mener dans les méandres de la préhistoire.  J'adore laisser mon imagination plonger dans ces mers sans poissons et voir cette faune variée qui fut le précurseur de tout ce qui nage, marche, rampe et pousse autour de nous.


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