•  Lorsque l'on pense à la paléontologie, on imagine des dinosaures ou plutôt les os qu'ils ont daigné laisser à titre posthume.  Une petite minorité de ces os ont résisté à l'assaut des prédateurs, des éléments, des bactéries.  Et une petite partie de ce qui s'est fossilisée au fil du temps nous est parvenu.  Patiemment, ces os sont assemblés et permettent de reconstituer des Brontosaures, des Tyrannosaures, des Tricératops.  À plus petite échelle (mais tout de même fascinant) on retrouve restes fossilisés de coquillages, crinoïdes, bryozoaires et de Trilobites.  Les trilobites sont les fossiles les plus prisés par les collectionneurs et certains spécimens se vendent des centaines, voire des milliers de dollars.

    Les restes fossilisés nous renseignent sur la morphologie et donnent des indices sur le mode vie de ces animaux.  Mais, ces restes sont trop "morts" pour nous en révéler beaucoup sur les comportements des animaux, lorsqu'ils étaient bien vivants. 

    Voilà où intervient l'ichnologie; la science des traces et des empreintes.

    On appelle ichnofossile, une trace ou une empreinte qui s'est fossilisée. Cette branche de la paléontologie regroupe quelques centaines de chercheurs à travers le monde.  Selon mes standards, ce sont d'admirables Sherlock Holmes qui procèdent par déductions à partir d'une série d'indices qui sont soit imprimés dans la pierre, ou qui ont modelé les sédiments en fonction du comportement d'un organisme alors qu'il était bien vivant!

    Laisser une trace vieille d'un demi-milliard d'années...

    Voici des traces modernes laissées sur le sable d'une plage.  On peut en dire beaucoup sur l'animal qui a laissé ces traces: c'est un bipède, il est pied-nu, on peut déduire son poids, si c'est un homme ou une femme, son âge probable, s'il boîte, s'il a les pieds plats ou non, s'il marche sur la pointe des pieds ou sur les talons, s'il a les genoux tournés vers l'intérieur... Marche-t-il lentement, rapidement ou court-il? On connaît aussi sa direction. On peut savoir s'il s'est arrêté ou a changé de direction subitement...

    Tous ces renseignements nous laissent froids et sont assez banals, voire sans aucun intérêt, parce que sur une plage, on ne mène pas d'enquête et on ne s'étonne pas de trouver des traces d'Homo sapiens comme nous.  Mais imaginez que ces traces proviennent d'un homme de néanderthal! Voilà un détail qui donne une toute autre dimension à nos observations.  On remonte l'Histoire vers la Pré-Histoire.

    Les dinosaures ne sont pas les seuls à avoir laissé leurs traces.  Les invertébrés comme les crustacés, les arthropodes et les vers ont aussi tracé dans les sédiments des sillons, des ridules et autres empreintes qui nous sont parvenus sous forme d'ichnofossiles. Il faut pour les étudier, mettre le genou à terre, se rapprocher, voire utiliser une loupe.  Mais ces petites contorsions sont rétribuées par des informations fascinantes sur les petits organismes qui brassaient les sédiments des mers et autres plans d'eau il y a des centaines de millions d'années.  

    Voici quelques exemples de ma collection personnelle (trouvés à Montréal et Gentilly) .

    Laisser une trace vieille d'un demi-milliard d'années...

     

    Phymatoderma sp. Cette structure arborescente a été laissée par un organisme que nous ne pouvons identifier avec certitude.  Peut-être un vers ou un petit arthropode. L'organisme en question s'est visiblement concentré à fouiller les sédiments à la recherche de nourriture.  Tel un petit bulldozer, il s'est déplacé parallèle au fond et a étendu ses recherches (et ses trouvailles).  Cette trace a été faite il y a 450 millions d'années environ à l'Ordovicien supérieur.

    Laisser une trace vieille d'un demi-milliard d'années...

     

    Chondrites. De la même période que notre Phymatoderma, nous trouvons ces chondrites.  Elles semblent moins bien définies, mais la structure en arborescence est similaire.  Probablement laissée aussi par un vers ou un petit arthropode. Il semble que l'animal avait un corps flexible comme le dénote les constrictions sur le trajet des galleries. Un vers semble donc être un très bon candidat pour ce travail.

    Laisser une trace vieille d'un demi-milliard d'années...

     

    Voici un spécimen intéressant préservé en relief convexe. On y distingue des irrégularités longitudinales. Un vers marin a pu le produire (tentativement assigné à Halapoa sp.)

     

    Dans ma prochaine capsule paléontologique, je présenterai les indices laissés par les trilobites. 


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  • La Saltique est une araignée sauteuse redoutable. Au lieu de tisser une toile, elle saute sur ses proies à une vitesse à peine croyable. Pour cause! Elle a des yeux tout le tour de son adorable tête. Nous n'en voyons que quatre, mais il y en a quatre autres derrière qui lui donne une vision périphérique de près de 360 degrés. Cette charmante petite chose mesure environ 4 mm. Elle s'est prêté avec plaisir (!) à une séance photo complètement improvisée. Sans trépied, à main levée, en équilibre sur un tas de pierre, j'ai eu le temps et la joie de l'immortaliser avec un arrière-plan qui l'a mise en valeur. Elle était tout échevelée même en plein midi...

    L'araignée aux nuits yeux de biche....


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  • Plaçons-nous à la fin de l'Ordovicien, période à laquelle appartenaient les gastéropodes que j'ai tirés de la rocaille préhistorique.  Ce qui va devenir le Québec (la flèche rouge) est sous les tropiques. La température au-dessus des océans y est dans les 24-26C (qui va chuter dramatiquement vers la fin).  La concentration en CO2 est de 8-20X celle d'aujourd'hui.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

    http://histoiredutemps.free.fr/images/im-terrestre/animal.arma/carte_debut_ordovicien.jpg

     

    Revenons maintenant à ces gastéropodes. Portons notre attention sur le #10 que j'ai coloré pour les besoins de la cause.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

     

    ... et dont j'ai tiré le portrait en macrophotographie. C'est un Lophospira beatrice. À peine 1,5 cm de longueur. Coincé dans la bouche de sa coquille: un Lophospira beatrice juvénile. Je peux émettre deux hypothèses pour expliquer ce phénomène.  Le hazard a pu, lors du déplacement des sédiments, mettre en contact ces deux gastéropodes.  Toutefois, la position du juvénile, assez profondément enfouie dans l'ouverture du plus gros, pourrait suggérer un acte de cannibalisme.  Cette hypothèse n'est pas frivole; le cannibalisme entre gastéropodes est bien décrit et a été rapporté dans de rares échantillons de fossiles.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

    J'ai voulu obtenir une modélisation pour mieux voir l'agencement des deux gastéropodes.  À l'aide de 12 photos, j'ai assemblé un modèle grâce au logiciel Helicon 3D.  Voici le résultat. L'ouverture et le péristome du Lophospira juvénile étaient hors de la cavité du plus gros.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

     

    Les gastéropodes prédateurs ont une façon élégante de tuer les palourdes, les brachiopodes et les autres gastéropodes.  Ils doivent tout d'abord forer un trou dans la coquille, ce qui n'est pas une mince affaire.  Le processus peut prendre entre quelques heures et quelques jours.  Le prédateur commence par utiliser un acide pour décalcifier la coquille et la ramollir. Puis, il utilise sa radula (des dents) pour racler et passer de part en part de la coquille.  Il ne lui reste plus qu'à plonger son proboscis dans la chair de la victime et en aspirer la substance.  Le résultat est visible par la présence d'un petit trou circulaire d'environ 1 mm.  Si vous vous promenez sur les plages des mers du sud, portez une attention aux coquillages.  Vous en trouverez avec ce genre de trou.

    Cannibalisme chez les gastéropodes?

     

    Figure tirée de l'article: Cannibalism in Gastropods

     

    Il faudrait extraire mon petit gastéropode du plus gros pour avoir la confirmation de cet épisode dramatique. Ce qui sera impossible. Mais la paléontologie est aussi une affaire de spéculation.  J'aime toutefois cette possibilité offerte de laisser les déductions nous mener dans les méandres de la préhistoire.  J'adore laisser mon imagination plonger dans ces mers sans poissons et voir cette faune variée qui fut le précurseur de tout ce qui nage, marche, rampe et pousse autour de nous.


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  • Nos escargots modernes sont redevables à leur très lointains ancêtres qui ont pu naviguer à travers les cinq grandes périodes d'extinction massives qui ont rayé plus de 90% de tous les êtres vivants de l'Histoire de la terre. Certains représentants de ces gastéropodes (qui marchent sur l'estomac) ont continué leur lente marche évolutive et nous ont dotés d'une variété impressionnante de plus de 40,000 espèces vivantes de nos jours.  Mais le nombre d'espèces dépassait probablement 100,000 depuis l'explosion du Cambrien (il y a 541 à 485 millions d'années). Les premières traces de ces mollusques remonteraient à 600 millions d'années environ. 

    L’escargot des jardins (Cepaea hortensis) et le savoureux escargot de Bourgogne (Helix pomatia) nous sont bien connus. Mais avouons que nous en savons fort peu sur l'histoire et encore moins la préhistoire de ces mollusques au beurre à l'ail, légèrement caoutchouteux sous la dent.

    Une excursion dans certaines carrières et le long des affleurements sur le bord des routes est propres à combler quelques unes de nos lacunes.

    La ville de Gentilly au Québec offre un terrain privilégié pour nous plonger dans la PréHistoire, celle d'il y a 450 millions d'années. Une période appelée l'Ordovicien et qui a suivie l'explosion de la biodiversité puis la Grande Extinction du Cambrien. Une période qui se terminera avec une autre Grande Extinction; celle l'Ordovicien-Silurien avec la disparition de 27 % des familles et de 57 % des genres d'animaux marins et une estimation de 85 % au niveau des espèces vivant alors.  Une grande glaciation a probablement été à l'origine de cette extinction de masse.

    Nous sommes dans la formation géologique de Pontgravé où le roc appartient au groupe de Richmond.  Ce roc garde les vestiges fossiles de la vie intense qui peuplait la mer il y a 450 millions d'années.  Des gastéropodes y foisonnaient; pour peu qu'on se mette le genou à terre et l'oeil au sol, on repartira avec une moisson, ma foi! plus que satisfaisante.  Isolés à travers la petite rocaille, ou toujours assemblés dans des blocs avec d'autres créatures avec lesquelles ils cohabitaient, les gastéropodes fossiles captent l'attention du passionné. Dix petites minutes en génuflexion en plein soleil m'ont suffit pour en ramasser une quinzaine.  Gardez en mémoire le numéro 10 de la figure suivante.  J'y reviendrai cette semaine: il raconte une histoire intéressante...

    Les gastéropodes de la préhistoire

    #1 et 5: Holopea sp.; #7: Lophospira sp., #14: Clathrospira subconica, et les autres: Paupospira beatrice (anciennement Lophospira beatrice)

    Les gastéropodes de la préhistoire

    Ce genre d'assemblage est fréquemment trouvé sur le site de Gentilly.  Les gastéropodes y sont profondément enfouies dans la matrice telles qu'ils étaient au moment de l'ensevelissement sous les sédiments.

     


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  • Un beau tableau hier soir que notre lune auréolée de nuages pour accompagner la géante gazeuse Jupiter (le petit point en haut à droite). Bien qu'elle se fasse assez discrète dans ce duo céleste, Jupiter impose un diamètre de près de 140,000 Km soit 11 fois celui de la terre et 40 fois celui de la lune.

    Petite Jupiter? Fichtre! qui ne paraîtrait pas minuscule 700 millions de kilomètres plus loin?

    Un duo magnifique

    Un duo magnifique

    Un duo magnifique


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